Devons-nous pousser nos enfants à sortir de leur zone de confort?

C’est le mois de janvier. On parle de résolutions, d’objectifs, d’actions et de tout autre moyen qui pourraient nous aider à devenir une meilleure version de nous-mêmes. On reçoit beaucoup de messages et d’offres qui nous invitent à sortir de notre zone de confort, à se dépasser, à repousser nos limites, à réaliser l’impossible même. Mais est-ce que c’est nécessaire de sortir de sa zone de confort pour se développer, grandir et s’épanouir? Devons-nous pousser nos enfants à sortir de leur zone de confort? Je pensais que oui. Mais je vais mettre un petit bémol là-dessus. Je vous explique…

Récemment, je fouinais sur le net à la recherche de réponses. Je savais que je risquais d’en finir avec plus de questions, mais c’était plus fort que moi! Puis, je suis tombée sur un texte publié l’année dernière : Ma zone de confort est un microclimat trèèèès sensible aux intempéries. Je suis presque certaine que c’est la deuxième ou même la troisième fois que je le lis. Pourtant, cette fois-ci, il a résonné différemment en moi. Il m’a même donné un petit pincement au coeur. Cette fois-ci, je l’ai lu avec mon cœur de maman et non avec mon cœur d’intervenante. Car, depuis la dernière fois que je l’ai lu, mon fils a reçu son diagnostic d’autisme. Je suis déjà une intervenante sensible, alors vous pouvez imaginer l’intensité avec laquelle j’ai reçu le message à travers cet article.

Un petit retour dans le temps

À l’automne, j’ai demandé à mes deux plus grands, 6 ans et demi et 7 ans et demi, de se choisir une activité de loisir. Pour ma fille, ce fut très clair : ballet jazz. Pour mon fils, le choix fut très difficile. Il m’a d’abord demandé pourquoi il devait se choisir une activité. Puis, pourquoi c’était si important.

Après des semaines de discussion, il m’a demandé de lui montrer des capsules vidéo de tous les sports et loisirs possibles. Chaque fois, il me demandait si ça faisait mal : “Est-ce que je pourrais tomber? Est-ce que ça ferait mal si la balle touchait mon bras? Est-ce que je pourrais recevoir le ballon en plein visage? Est-ce que les autres pourraient me frapper?” Ça lui a pris des semaines pour fixer son choix : soccer. J’ai reconfirmé je-ne-sais combien de fois, puis j’ai procédé à l’inscription.

Le premier samedi, ce fut très difficile de le convaincre d’assister au cours de soccer. Je vous épargne tous les détails, mais il a fini par accepter d’assister au cours sans y participer. Nous étions assis ensemble sur le banc et nous regardions les autres jouer. Environ 10 minutes avant la fin, il a accepté de participer au mini match. Les semaines qui ont suivies, nous avons alterné en “je veux y aller” et “je ne veux pas y aller” jusqu’à la fin de la session.

Pour son dernier cours, il a insisté pour que ce soit moi qui assiste au cours. Il était fier de me montrer tous ses progrès : il a joué, couru, rit, marqué des buts et, même, gardé les buts. Il me regardait du coin de l’oeil comme pour me dire “As-tu vu ça maman”!?! Il rayonnait de fierté. Puis, lorsque le cours fut terminé, tout de suite après mes éloges, il m’a demandé si c’était bien le dernier cours. Là, j’étais perplexe! Lui, était plutôt résolu.

Il n’a pas voulu s’y inscrire à nouveau. Je sais que c’est demandant pour lui. Et je crois que nous avons vraiment essayé de respecter son rythme à travers tout ce processus. Malgré nos « efforts », il a refusé de s’inscrire à une activité cet hiver. J’ai pensé qu’il changerait peut-être d’idée par lui-même durant les vacances, alors j’ai cessé complètement d’en parler.

Le déclic

Alors que je me questionnais encore sur ce que je devais faire (insister ou pas, changer d’activité ou pas, revenir encore sur le sujet ou pas, abandonner ou pas) et sur ce qui pouvait tant tracasser mon fils, je suis tombée sur l’article qui m’a ouvert les yeux et le cœur. En voici un extrait :

“Le monde qui m’entoure est si désordonné et complexe, l’afflux des stimuli entre à grands torrents en permanence et pour stabiliser mon intérieur, j’ai besoin de balises nettes, claires et stables, pas d’un laissé aller, ni d’un abandon au ‘’advienne que pourra’’.

Intellectualiser mes interactions, mes agir, mes choix, ça m’évite de me laisser emporter par cette marée. Je me sens échouée, perdue. Mes repères m’échappent, j’en ai le mal de mer, une véritable nausée s’empare de moi, ainsi qu’un mal de crane qui élance comme pour rappeler à mon cerveau qu’on lui a demandé de laissé sa place, celle qu’il a si durement disputée pour prendre la relève d’une âme auparavant déconstruite.”

Vous pouvez lire l’article en entier sur le blogue Au royaume d’une Asperger :
http://royaumeasperger.com/2017/05/04/zone-de-confort/

La leçon

J’ai reçu le message avec un brin de tristesse. Ce que j’ai lu ne m’a pas troublé : je travaille auprès des personnes autistes depuis plus de 15 ans. Alors, je sais. Mais là, j’ai senti. J’ai senti que j’en demandais trop à mon fils. Oui, j’ai cru qu’à force de discussions, d’essais et de participation, il finirait peut-être par aimer ça et par y prendre plaisir – réellement plaisir. C’est peut-être trop tôt. Ou trop tout court. C’est peut-être le choix de l’activité. Peut-être pas. Ce que je sais, c’est que ce n’est pas le bon moment.

Le pousser ne fait qu’augmenter sa frustration et sa colère. Je comprends qu’il ne se sent pas bien lorsque je « le pousse », même avec toute la douceur que j’y mets. En ce moment, il ne comprend pas pourquoi je lui demande de sortir de sa zone de confort. Et moi, dans toute mon intensité, je « le pousse » peut-être trop. Parce que le cours de soccer, ça s’ajoute à tout le reste, à tous les autres défis de son quotidien. Je vais maintenant prendre le temps de reconnecter avec lui, d’ouvrir mon cœur et d’être à l’écoute.

Être une intervenante et être une maman d’un enfant ayant des besoins particuliers sont deux rôles que j’apprends à conjuguer au jour le jour. C’est encore tout nouveau pour moi. J’ose croire que ma sensibilité saura continuer de me guider.

7 Comments

  1. Aline sur 14 janvier 2018 à 12:09

    Comme je vous comprend… maman d une jeune femme diagnostiquée récemment, a 23 ans, après une enfance à affronter un trouble langagier… intervenante sociale de métier… questionnements qui ont ponctué sa jeunesse .. jusqu’ où pousser, exiger…
    Le diagnostic nous apporte tant de réponses …et de questionnements nouveaux!
    Mais ultimement, ca ne change rien,à la base de tout, nous gardons la même position, déterminée il y a 20 ans, au premier diagnostic:l’aimer , l’accompagner au jour le jour, aplanir les difficultes où on peut agir, remplir son coffre a outils pour favoriser son autonomie au maximum… sans pression indue.
    La route es t longue mais pas un joir ne passe que je n admire oas sa combativité.
    Merci pour vos textes inspirants!

  2. Peggy sur 15 janvier 2018 à 8:16

    Ton garçon va réveiller la créativité qui t’habite en t’ouvrant la porte sur son monde. Fais/toi confiance. Tu es un être de lumière et une maman en apprentissage. 💙

    Peggy

  3. Danielle COurnoyer sur 16 janvier 2018 à 11:45

    Même si Mon enfant n’à pas de besoins particulier j’essaie de suivre mon intuition et ce texte me confirme de continuer,Merci!!!

  4. S.F. sur 19 janvier 2018 à 4:22

    En tant que maman de 4 enfants dont 1 autiste, j’ai envi de vous témoigner de mon expérience : accompagner un enfant autiste avec le cœur, en lien constant avec ses besoins réels… peut l’amener bien plus loin qu’on pense, même s’il faut, pour cela, sortir des sentiers battus, mettre de côté les normes de développement établies et rassurantes et, parfois, se mettre à dos les intervenants 😉 De plus, ce qui est acquis en respect de ses besoins est une connaissance “stable” et intégrée, réutilisable alors que toutes celles “forcée” ne sont que des connaissances vides avec lesquels il ne sait quoi faire, quand il ne les oublie pas… Enfin, c’est ce que j’observe avec mon enfant.
    Je vous souhaite bonne chance dans la conciliation de vos deux rôles, qui sauront sûrement s’enrichir l’un et l’autre 🙂

  5. JOSÉE ALLARD sur 19 janvier 2018 à 9:44

    Je me retrouve tellement dans votre texte, maman d’un grand TSA et enseignante au secondaire en adaptation scolaire. J’ai souvent de la difficulté à conjuguer les deux. J’essaie autant que je peux, mais il y a toujours place à l’amélioration.

  6. Jacinthe poirier sur 20 janvier 2018 à 10:34

    WoW !! Quel beau partage !! Je moi même vécu quelques fois c’est situations, pas toujours facile à gardez une bonne objectivité ….
    Merci pour vos bons conseils

  7. Melanie sur 23 janvier 2018 à 5:59

    Merci, la culpabilité est moins dure à accepter. Penser à nos coco au lieu du regard des autres , les activité périscolaire ont la cote en 2018 mais pas toujours benifique avec les enfants au besions particulier.

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